LE PACHINKO
Face à chaque gare, un vacarme assourdissant s'échappe de salles
qui ressemblent à des usines.
À l'intérieur, des dizaines de personnes sont assises devant des
rangées de machines qui ne cessent d'engloutir et de recracher des petites
boules d'acier. Tel un robot, le joueur, n'a rien d'autre à faire que
d'actionner une manette pour lancer les billes les unes après les autres
et les regarder descendre entre des pointes plantées sur un panneau vertical.
Quand une bille tombe dans une fleur, elle en libère d'autres que le
joueur réinjecte aussitôt dans la machine.
Difficile de savoir ce que recherchent ces millions de Japonais dans ces salles
infernales où il n'y a presque rien à gagner : paquets de cigarettes,
de gâteaux et autres modestes lots.
Alors qu'en Occident le joueur de flipper a des relations brutales et presque
sensuelles avec son appareil afin de contrôler le parcours de la boule,
le joueur de pachinko n'a aucune prise sur la trajectoire des billes.
Est-il fasciné par cette représentation ludique du destin ou enivré
par l'illusion de richesse procurée par les montagnes de billes ? Peut-être
vient-il s'isoler de la foule. Automate contemplatif, il atteindrait ainsi un
certain stade de la sagesse...
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